Allemagne: Netflix critique la future obligation légale de financer le cinéma local
Le géant du divertissement en ligne Netflix a critiqué jeudi le projet de loi adopté la veille par le gouvernement allemand, qui impose aux plateformes de streaming d'investir au moins 8% de leur chiffre d'affaires réalisé en Allemagne dans la production cinématographique nationale.
Cette obligation, qui s'appliquerait également aux chaînes de télévision, entrerait en vigueur au début de l'an prochain si elle est votée par le Parlement.
Dans une déclaration transmise à l'AFP, le directeur des affaires publiques de Netflix, Wolf Osthaus, s'est inquiété que "la réglementation complique l'investissement dans des projets ambitieux et que, par conséquent, moins de titres (soient) produits", ce qui ne profiterait selon lui ni aux publics ni à l'Allemagne.
Il critique également les dispositions de la loi ne pas garder les droits des œuvres de manière permanente: les droits des films et séries devront soit retourner progressivement aux producteurs, soit être partagés avec eux.
"Le risque est que les grands projets ambitieux ne soient plus économiquement viables, car de tels budgets ne peuvent souvent pas être réunis par le biais de cofinancements", a-t-il déclaré.
L'association représentant les intérêts des médias audio et audiovisuels privés en Allemagne, Vaunet, a quant à elle jugé qu'il s'agissait d'une "ingérence inutile et disproportionnée dans la liberté des médias".
D'après elle, cette loi "risque d'entraîner pour les entreprises de médias privées et les fournisseurs de streaming des charges supplémentaires, une importante insécurité juridique et un effort administratif disproportionné".
La loi s'accompagne d'un renforcement massif des aides publiques au cinéma, portées à 250 millions d'euros par an au niveau fédéral.
Le texte, résultant d'un accord trouvé en février au sein de la coalition gouvernementale du chancelier Friedrich Merz, prévoit aussi qu'en cas de non-respect du quota, une contribution compensatoire pouvant atteindre 75% du montant manquant pourra être exigée, sur décision de l'Agence allemande du film (FFA), chargée du contrôle.
Le ministre d'Etat en charge de la Culture et des Médias, Wolfram Weimer, affirme que cette loi va "doper le cinéma" et laisser aux acteurs du streaming une certaine flexibilité.
Le dispositif prévoit une clause permettant aux entreprises investissant au moins 12% de leur chiffre d'affaires d'être exemptées de certaines obligations, notamment sur les productions en langue allemande.
L'Allemagne rejoint ainsi la France, qui impose depuis 2021 aux plateformes de streaming d'investir une part de leurs revenus dans la production européenne et francophone.
Selon les derniers chiffres connus, Netflix, Disney+ et Prime Video ont versé 362 millions d'euros pour la création française en 2023.
B.Rodriguez--BT