Sénatoriales: le RN veut s'implanter, plusieurs sortants réélus
Le Rassemblement national entend perturber la mainmise de la droite sur le Sénat dimanche en constituant un groupe parlementaire après les sénatoriales, des élections très scrutées en pleine campagne présidentielle.
En attendant la fermeture des bureaux de vote, prévue à 17H30, les premiers résultats sont tombés dans les départements les plus petits, où le scrutin est majoritaire à deux tours.
Les scores de la mi-journée révèlent, comme souvent lors des sénatoriales, une prime aux sortants, avec une dizaine de sénateurs réélus dès le premier tour. C'est le cas notamment de deux chefs de groupe, Mathieu Darnaud (Les Républicains) en Ardèche et Claude Malhuret (Horizons) dans l'Allier.
La droite, majoritaire au Sénat avec ses alliés centristes, a même gagné deux sièges à ce stade... Mais la menace du RN lui fait craindre des pertes dans les départements les plus grands, où le scrutin est proportionnel.
De l'Ain à l'Indre et du Bas-Rhin au Territoire de Belfort en passant par la Guyane, un collège électoral de plus de 93.000 votants, essentiellement des conseillers municipaux, est appelé au vote pour renouveler 178 des 348 sénateurs, élus pour six ans.
Les enjeux sont nombreux. Le Rassemblement national obtiendra-t-il pour la première fois de son histoire un groupe parlementaire à la chambre haute ? Bruno Retailleau obtiendra-t-il tous les sièges en Vendée avant de viser l'Elysée ? Le groupe macroniste doit-il craindre pour sa survie à quelques mois du départ d'Emmanuel Macron ? La France insoumise fêtera-t-elle son premier sénateur ?
- Larcher reconduit... mais affaibli ? -
Dans un scrutin où les bouleversements sont rares car il découle directement des élections municipales, la majorité LR-centristes n'est pas en danger.
Gérard Larcher, qui cumule déjà 15 ans à la présidence de l'institution, n'a rien à craindre non plus pour sa réélection comme patron de la chambre haute, prévue jeudi.
Mais la droite est exposée à l'implantation locale croissante du RN et de ses alliés de l'Union des droites pour la République (UDR).
Le parti lepéniste devrait tripler son nombre d'élus (trois actuellement) sans difficulté, voire le quadrupler, selon tous les observateurs.
Sa dynamique s'est confirmée à la mi-journée, avec une augmentation considérable de son nombre de voix dans la plupart des départements par rapport au dernier scrutin en 2020 (score quintuplé dans l'Aude et en Ardèche, quadruplé dans le Cher...).
En déplacement dans le Var, son président Jordan Bardella pourrait donc bien y annoncer la création historique d'un groupe parlementaire, accessible à partir de dix sièges.
"A sept mois de la présidentielle, cela enverrait un signal. Un groupe RN au Sénat contribuera au rééquilibrage de représentativité au Parlement", affirme la députée Edwige Diaz, candidate en Gironde.
Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, Vaucluse... Les terrains de conquête sont légion pour le RN, qui misera sur le vote de nombreux élus sans étiquette pour créer la surprise. Et donner un nouveau coup d'accélérateur à la candidature de Marine Le Pen à l'Elysée.
- Zéro pointé pour LFI ? -
A gauche, les Ecologistes craignent quelques revers après la perte de Bordeaux et Strasbourg... Mais une dissidence verte dans le Rhône, celle de l'ex-patron de la métropole de Lyon Bruno Bernard, pourrait paradoxalement leur offrir un siège supplémentaire, au détriment de l'ancienne ministre de François Hollande, Hélène Geoffroy.
Cette candidature hypothèque aussi les chances de la meilleure carte Insoumise, Gabriel Amard, par ailleurs gendre de Jean-Luc Mélenchon.
Quant aux socialistes (65 membres), ils espèrent limiter les pertes après des municipales en demi-teinte, notamment dans les villes moyennes.
"Avec l'affaiblissement de LR, c'est plutôt l'espace central qui s'affirme. On aspire à être plus nombreux", veut croire le patron de l'Union centriste Hervé Marseille, qui rassemble une soixantaine de sénateurs d'horizons divers.
Horizons, représenté par le groupe des Indépendants (20 membres), peut légitimement croire à quelques gains non négligeables pour la dynamique d'Edouard Philippe sur la route de l'Elysée.
Mais les effectifs ne seront définitifs que d'ici quelques jours, après un intense mercato pour rallier les dizaines d'élus divers centre ou divers droite.
A ce jeu-là, nombre d'élus s'inquiètent du sort du groupe macroniste RDPI, orphelin de son influent président François Patriat, décédé cet été. Dimanche matin, il a déjà enregistré un revers avec la défaite de son sénateur sortant à Wallis-et-Futuna.
E.Lopez--BT