L'UE toujours dépendante des hydrocarbures russes, mais moins que ne l'affirme Moscou
L'Union européenne demeure dépendante du gaz russe, malgré sa politique affichée pour couper le robinet depuis l'invasion de l'Ukraine, mais les montants de ses importations sont inférieurs à ceux avancés par Moscou, selon Bruxelles.
La Russie avait déclaré lundi avoir vendu aux pays européens pour plus de 320 milliards de dollars d'hydrocarbures (environ 286 milliards d'euros) depuis 2022, en dépit des sanctions européennes.
Dans une bataille de chiffres, la Commission européenne a avancé des montants inférieurs mardi. Selon Bruxelles, l'UE a "dépensé environ 197 milliards d'euros, soit 209 milliards de dollars (jusqu'en juillet 2026), depuis l'invasion russe de l'Ukraine", fin février 2022.
Et sans sa politique menée pour renoncer au pétrole et au gaz russe, l'Europe "aurait dépensé 475 milliards d'euros, soit 278 milliards d'euros de plus, en combustibles fossiles russes", insiste Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission.
"Ce qui compte, c’est ce qui se passe à long terme", avec une "tendance à la baisse très claire", a-t-elle souligné devant la presse.
Le gaz russe représentait 45% du total des importations gazières de l'UE en 2021, et seulement 12% en 2025.
En pleine crise énergétique, ce sujet reste embarrassant pour l'Union européenne, qui prévoit de renoncer définitivement au gaz russe à l'automne 2027, mais continue à ce stade à importer du gaz naturel liquéfié en provenance de Russie.
Lundi, la ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a déploré que le montant total des importations russes de l'UE depuis 2022 (pas seulement des hydrocarbures) soit supérieur à l'aide qu'elle a apportée à l'Ukraine. Celle-ci a atteint 228,7 milliards d'euros depuis 2022.
Au même moment, l'ONG allemande Urgewald reprochait à l'Union européenne d'avoir importé pour quelque 7,88 milliards d’euros de gaz naturel liquéfié (GNL) issu du terminal russe de Yamal durant les neuf premiers mois de l'année 2026, avec 167 cargaisons entre janvier et septembre.
Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, l'Europe s'est efforcée de réduire sa dépendance historique au gaz russe acheminé par gazoducs.
Mais elle s'est en partie tournée vers le GNL, acheminé par navire, déchargé dans des ports, regazéifié puis injecté dans le réseau européen.
Derrière les États-Unis (environ 60%) dont l'UE est de plus en plus dépendante, la Russie reste le deuxième fournisseur de GNL, avec environ 17% des importations européennes en 2026, en contradiction avec la politique affichée par la Commission.
Concernant le pétrole, les Européens ont décidé de cesser les importations russes depuis la guerre en Ukraine, mais avec des exceptions pour la Hongrie et la Slovaquie, en raison de leur enclavement et de leur dépendance.
La Commission européenne avait promis une proposition de loi pour renoncer totalement au pétrole russe, mais entretient le flou sur le calendrier.
Le contexte est difficile avec la flambée des prix de l'énergie liée à la guerre au Moyen-Orient.
F.Mejia--BT