L'Afrique face à une épidémie "plus complexe" d'Ebola après sa propagation au Nigeria, selon l'OMS
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a prévenu jeudi que l'Afrique était confrontée à une épidémie d'Ebola "plus complexe", car le virus a voyagé d'Afrique de l'Est jusqu'au Nigeria, qui a signalé le premier cas dans l'ouest du continent.
Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, a annoncé mardi avoir repéré une personne porteuse de la souche Bundibugyo du virus, responsable d'une importante flambée d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC). Il s'agit d'une femme, épouse d’un diplomate, qui a des antécédents de voyage en Ouganda, selon les autorités, qui ont identifié 44 cas contacts.
Le Nigeria est le quatrième pays africain touché par l'épidémie qui, depuis cette semaine, s'étend à travers tout le continent, le Kenya, à l'est, ayant signalé neuf cas depuis le 6 octobre.
La flambée a commencé en RDC et est devenue la plus meurtrière de l’histoire de ce pays, faisant plus de 4.000 morts sur plus de 9.000 cas confirmés depuis la mi-mai, selon les autorités sanitaires.
Elle est causée par la souche Bundibugyo du virus, pour laquelle il n'existe toujours ni vaccin ni traitement spécifique.
"Nous sommes confrontés à une situation épidémique plus complexe. Le Nigeria a confirmé un cas importé de maladie à virus Ebola", a déclaré Mohamed Janabi, directeur régional de l'OMS pour l'Afrique, lors d'une conférence de presse en ligne.
La malade détectée au Nigeria était arrivée le 3 octobre dans la capitale, Abuja, après avoir séjourné en Ouganda depuis le 16 septembre, selon le représentant de l'OMS au Nigeria, Pavel Ursu. Elle a pris un vol d'Ethiopian Airlines pour Abuja et a transité par Addis-Abeba, a précisé le Centre nigérian de contrôle et de prévention des maladies (NCDC).
Cette femme est originaire d'Ouganda mais réside à Abuja, a indiqué jeudi à l'AFP le directeur général de l'agence de santé de l'Union africaine (Africa CDC), Jean Kaseya.
Il a ajouté qu'elle ne s'était pas rendue en RDC, contrairement à ce qu'avaient précédemment suggéré les autorités ougandaises.
- "Menace extrêmement grave" -
M. Kaseya avait déjà pointé mardi "une menace extrêmement grave" et appelé à la mobilisation internationale face à une maladie dont le taux de mortalité frôle les 50% en RDC.
Le cas au Nigeria rappelle la vaste épidémie d'Ebola survenue en 2014, qui avait touché plusieurs pays de la région et fait plus de 11.000 morts en Afrique de l'Ouest entre fin 2013 et 2016. Le Nigeria avait réussi à contenir l'épidémie en 2014, ne comptant au final que 19 infections et sept décès.
Le virus Ebola, qui se transmet par contact avec des fluides corporels et peut provoquer de graves hémorragies internes et externes et des défaillances d'organes, a tué plus de 15.000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années.
En août, l'OMS avait officiellement déclaré l'Ouganda exempt d'Ebola, après 20 cas dont deux décès enregistrés sur son territoire — presque tous chez des personnes venant de RDC.
L'idée que la patiente détectée au Nigeria aurait pu contracter le virus en Ouganda a été rejetée par Alan Kasujja, porte-parole du gouvernement ougandais. "Il est absurde de suggérer que le simple fait que quelqu'un passait ses vacances en Ouganda, qui d'ailleurs n'a aucun cas d'Ebola, suffise à nous entraîner dans une discussion sur Ebola au Nigeria", a-t-il affirmé à l'AFP.
"Nous faisons tout notre possible pour que l'Ouganda ne soit pas estampillé comme un pays à Ebola", a-t-il ajouté.
Le représentant de l'OMS au Nigeria a déclaré que la patiente, qui reçoit un traitement dans un hôpital privé, présentait des "signes positifs". Un responsable du NCDC avait indiqué la veille qu'elle avait souffert d’une défaillance multiviscérale.
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C.Palacios--BT