IA: le Canada entre au capital de Cohere pour défendre sa souveraineté
Le Canada a annoncé jeudi un investissement de 1,6 milliard de dollars canadiens (environ 1 milliard d'euros) dans l'entreprise nationale d'intelligence artificielle (IA) Cohere pour ne pas laisser le développement de l'IA se décider "ailleurs".
"Nous n'allons pas attendre que l'avenir de l'IA soit décidé ailleurs par des gens que nous ne connaissons pas ou en qui nous n'avons pas confiance ", a insisté le Premier ministre canadien Mark Carney en annonçant cette entrée au capital.
"Aujourd'hui, les modèles d'IA les plus puissants sont concentrés dans un petit nombre d'entreprises, dans un petit nombre de pays", ce qui représente des "risques" notamment en terme de "souveraineté", a-t-il ajouté, devant la presse à Montréal.
Fondée en 2019, Cohere, qui s'inscrit dans la tradition de l'école canadienne de l'IA incarnée par Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton, veut se positionner comme une alternative aux géants américains ou chinois de l'IA.
Son fondateur Aidan Gomez est le coauteur d'une étude fondatrice ("Attention Is All You Need") sur les grands modèles de langage alors qu'il était encore stagiaire chez Google.
L'entreprise bâtit des modèles d'IA pour les entreprises et les gouvernements, tournant le dos au grand public pour privilégier les applications concrètes dans la santé, la finance, l'énergie et la sécurité nationale.
En échange de cet investissement, Cohere s'est engagée à créer des emplois au Canada, à y conserver son siège et à investir 1,7 milliard de dollars canadiens en infrastructures, selon M. Carney.
Cet investissement est "essentiel pour la prochaine étape de notre croissance" mais renforce "surtout la capacité du Canada à développer l'IA selon ses propres modalités", a souligné jeudi Aidan Gomez.
La prise de participation du Canada intervient dans le cadre d'une levée de fonds d'un montant total de 7 milliards de dollars canadiens pour l'entreprise, désormais valorisée à 35,7 milliards de dollars canadiens.
Le géant américain des semi-conducteurs Nvidia, l'allemand Schwarz Group ou le canadien Bell y ont pris part parmi d'autres investisseurs privés.
- "Exemple" de rapprochement entre Canada et UE -
Cohere a un pied en Europe depuis l'annonce en avril d'un accord visant à racheter la société allemande d'IA Aleph Alpha.
Une opération soutenue par Ottawa et Berlin, qui ont annoncé de leur côté récemment vouloir travailler au développement d'une IA "au service de l'humain" face aux inquiétudes croissantes sur les risques pour l'humanité des modèles les plus avancés.
Au premier jour d'un sommet entre le Canada et l'Union européenne à Montréal, M. Carney a jugé que Cohere et son alliance avec Aleph Alpha était "un exemple concret de ce que le Canada et l'Europe peuvent bâtir ensemble".
Selon Aidan Gomez, Cohere est "désormais l'entreprise d'IA la plus grande hors États-Unis et Chine".
"Partout dans le monde, des organisations recherchent des technologies en lesquelles elles peuvent avoir confiance, qu'elles peuvent contrôler et qui reflètent leurs valeurs", a-t-il jugé.
Dans un entretien à l'AFP au mois de juin, il avait averti l'Europe qu'elle risquait de devenir "totalement insignifiante au niveau technologique" sans souveraineté.
"Vos données, votre productivité, vos industries stratégiques, votre capacité à vous défendre, tout dépendra de ce que les autres vous autoriseront à avoir", avait-il mis en garde.
Un exemple très concret est venu illustrer ces derniers mois le manque de souveraineté de l'Europe en matière d'IA.
En juin, invoquant la sécurité nationale, Washington a brutalement contraint la start-up américaine Anthropic, créatrice du logiciel d'IA Claude, très populaire en Europe, à couper l'accès de tout ressortissant étranger à ses modèles les plus puissants.
L'Union européenne n'a pu accéder de nouveau à cette technologie qu'en septembre, après plusieurs mois de négociations.
B.Ocampo--BT